90 Jours

FRÉDÉRICK CARNET traverse à vélo le Japon de l’après-Fukushima

En mars 2011, un séisme de magnitude 9 secouait l’archipel nippon. S’en suivit un tsunami qui balaya la côte Nord Est du pays, déclenchant l’accident nucléaire que l’on sait et rendant tristement célèbre le nom de la ville de Fukushima. Amoureux du Japon, Frédérick Carnet n’a mis que quelques mois à préparer son périple: traverser à vélo les paysages japonais et témoigner dans son livre NIPPON 2011 de ce que la nature offre de plus beau et qu’elle reprend parfois si violemment.

Loin des villes, une nature luxuriante

Quand on parle du Japon, on s’imagine la forte densité urbaine dont parle les manuels de classe: Tokyo, Osaka, Kobé… Et on voit des villes, à perte de vue, comme Scarlett Johansson du haut de l’hôtel Park Hyatt de Shinjuku dans le film de Sofia Coppola, Lost in Translation. C’est comme ça que Frédérick Carnet voyait le Japon, lui-aussi, avant de s’y rendre pour la première fois en 2008 pour les besoins d’un autre livre sur les plus grands maîtres vivants d’arts martiaux japonais  « Budoka no kokoro ». Ce travail l’a amené dans les régions les plus retirées de l’archipel et c’est là qu’il découvre le vrai Japon: un pays, une terre avant tout agricole où la nature, dense, l’impressionne. Il fait alors le projet de revenir, pour elle.

Partager le malheur

Frédérick n’avait pas imaginé revenir dans de telles conditions. Depuis quelques temps déjà, fatigué d’avoir enchainé de nombreuses commandes publicitaires, il rêvait d’isolement, de liberté. Il rêvait du Japon. Il voulait reprendre son RZ et ses «péloches» noir et blanc, enfourcher son vélo et se perdre dans les paysages grandioses… L’actualité, au lieu de le dissuader, n’a fait que précipiter son départ. Au Japon, me dit-il, quand quelqu’un a des problèmes, la tradition veut que l’on partage son malheur. Il apprendra d’ailleurs que les fruits et légumes qui continuent à être cultivés dans les zones irradiées sont vendus et consommés partout dans le pays. Les consommateurs le savent. C’est leur façon à eux d’accompagner les victimes.

Photographier l’invisible

Depuis l’île d’Hokkaido au Nord, particulièrement préservée, où il trouve les arbres et les forêts qu’il traquait, Frédérick descend peu à peu, par la côte Est, vers la région de Tohoku. Très vite, le spectacle de la désolation s’installe et son compteur Geiger s’emballe. Contrairement à la plupart des photographes qui se sont rendus sur place, il se désintéresse de la zone interdite. Il veut témoigner du quotidien de ceux qui vivent là, à deux pas, soumis à des radiations parfois même plus fortes. Les photos dont il parle le plus sont celles où il a cherché à accentuer la banalité de leur environnement alors que le compteur s’affole. Celles qui, pour lui, montrent l’invisible justement. Ces images imposent le silence. On y contemple l’invisible, l’indicible.

Debout malgré tout

Le voyage se poursuit vers le Sud, au rythme lent du vélo de Frédérick, jusqu’aux dunes enneigées de Tottori en passant par les rues de Tokyo semées de végétation. Lenteur oblige, Frédérick a aussi fait des rencontres. Son passage attirait l’attention. Malgré l’obstacle du langage, le contact était facile. Les portraits d’hommes, de femmes, d’enfants qui ponctuent le livre se ressemblent: debout, face caméra, fixant l’objectif. Souvent, ils sourient. Il y a une grande similitude entre leur attitude et la silhouette des arbres isolés que l’on trouve également au fil des pages. Debout, eux aussi, au milieu du néant. On veut y voir un signe de survie, de défi. Comme cette petite fille vêtue d’un kimono traditionnel qui adresse le V de la victoire, comme un pied de nez à la folie des hommes.

NIPPON 2011 / 日本 2011 from Frederick Carnet on Vimeo.

Encore quelques exemplaires du livre NIPPON 2011 sont disponibles. 60€ environ. On peut aussi s’offrir un tirage contrecollé sur aluminium. 150€ environ.

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