The Madeleine Effect

Les souvenirs au goût de mandarine de PATRICK TABERNA

I

l me semble que c’était à la librairie  Actes Sud, en Arles, pendant les Rencontres. En y feuilletant les livres photos, comme nous aimons le faire chaque année, nous avons partagé un vrai coup de coeur pour le livre «Au fil des jours», première monographie de Patrick Taberna, alors lauréat du Prix CCF (devenu HSBC). J’avais aimé la discrétion de son regard délicatement posé sur des moments de vie (la sienne) rendus suffisamment abstraits pour que chacun y trouve sa propre lecture. Et puis il y a eu «Le goût des mandarines»…

Le mur de Berlin

Je venais à peine d’ouvrir ce blog quand j’ai trouvé sur YouTube une vidéo toute simple où une main juvénile effeuillait le précieux recueil remplis de petits bonheurs. J’ai automatiquement contacté Patrick Taberna. Il a mis un peu de temps à me répondre mais nous avons fini par nous rencontrer, la veille des vacances de Pâques, avant qu’il ne s’envole en famille vers le Japon où l’attendait une exposition et l’occasion d’écrire un nouveau chapitre photographique. Nous nous sommes retrouvés Porte de Versailles, au pied d’un fragment du mur de Berlin. C’était étrange comme lieu de rendez vous: «Au mur de Berlin, Porte de Versailles». Une petite fantaisie bienvenue pour animer une journée froide d’Avril un peu trop normale.

Influences

C’est au-dessus d’une tasse de thé que le photographe se raconte. Son enfance à St Jean de Luz. Sa découverte de la photo à 12 ans par le Larousse Montel de la Photographie. Ses premières images avec un Zénit puis un Canon A-1. Le cinéma de Sergio Leone, celui de Jarmusch et de Wenders. La bande dessinée (Astérix, Hergé et La ligne claire) et le roman graphique. La poésie aussi. Les récits de voyage, ceux de Nicolas Bouvier et de Jacques Lacarrière. Le « club des 30×40 » avec Bernard Plossu et Bernard Faucon (entre autres). Son métier d’ingénieur informatique, parce que la photo, même à ce niveau là, ça ne paie pas. Et puis les projets qui se succèdent: «Nord magnétique» en 99, «Nos italies» en 2000, deux projets en noir et blanc. Et le passage à la couleur avec l’arrivée du premier enfant…

Le goût des souvenirs

… jusqu’au goût des mandarines. Les images de Patrick Taberna sont des madeleines de Proust. Dans le chaos du quotidien, il accompagne sa famille (sa femme Sylvie et leurs deux enfants, Clément et Héloïse) et cristallise leurs moments d’intimité. Son regard volontairement et pudiquement posé «à côté» rend ces instants universels. Chacun peut s’identifier. Chaque image résonne. Un reflet, une couleur, un souffle… et les souvenirs remontent. Soudain on croit percevoir une odeur. Un goût. Celui des mandarines? Les cinq sens sont en émoi. C’est rare. C’est troublant aussi.

Le petit cahier rouge

Au fil de notre conversation, Patrick Taberna m’a tendu un petit cahier d’écolier rouge portant l’étiquette «2013». Une première sélection de ses images de l’année passée. Comme un journal intime. Ou plutôt des extraits. J’osais à peine en manipuler les pages, consciente du trésor qu’il me laissait regarder. J’osais d’ailleurs à peine les regarder, touchée qu’il me laisse voir ses nouvelles images et surtout toutes celles qu’il ne gardera pas. Peut être les plus intimes, les plus personnelles?

PATRICK TABERNALe goût des mandarineséditions Le Caillou Bleu

Patrick Taberna / Agence VU / Galerie Camera Obscura-Paris / Galerie Pinter & Milch-Berlin / Galerie Tanto Tempo-Kobé.

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